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prez.slides (27996B)
1
2
3
4
5
6
7
8 Quelles inspirations pour créer des
9 systèmes socio-techniques durables ?
10
11
12
13
14
15
16 › Le blabla académique
17
18 Arthur Pons
19 Doctorant à l'UCBL - Lyon 1
20 A l'école doctorale MathInfo de Lyon
21
22 › Le blabla académique
23
24 Au laboratoire de l'Informatique de parallélisme
25 Qui est à l'ENS
26
27 › Le blabla académique
28
29 Mais mon vrai labo est le CITI à l'INSA Lyon, dans l'équipe phenix
30 Laboratoire avec lequel je n'ai donc pas de lien administratif
31
32 › L'entreprise
33
34 En CIFRE chez Commown
35
36 Commown est une coopérative quit fait de la location de matériel informatique
37 avec un modèle de propriété et un modèle économique visant à le faire durer le
38 plus longtemps possible
39
40 › L'entreprise
41
42 Commown fait du lobbying d'intérêt général et veut en faire plus, il lui faut
43 de l'argent
44
45 › L'entreprise
46
47 Par exemple en participant à l'élaboration de l'indice de réparabilité puis
48 durabilité
49
50 › L'entreprise
51
52 Commown veut aider à la transition de ses clients institutionnels vers des
53 logiciels libres
54
55 Combinaison des deux -> faire de l'infogérance, gérer de l'informatique pour
56 des petites entreprises
57
58 › Laboratoire
59
60 Le projet séduit l'équipe Phenix du CITI
61
62 Laboratoire de chercheurs en info (pure et dure) mais qui redirigent leurs
63 recherche et y incluent d'autres méthodes de recherche pour poser des questions
64 pertinentes au sujet des liens entre env et num
65
66 Y'avait une chercheuse en science politique dans l'équipe avant mais elle a été
67 plus ou moins évincée (comme quoi la trans-disciplinarité tout le monde l'appel
68 de ses voeux mais elle gêne encore)
69
70 › Le sujet
71
72 Construire un service d'infogérance durable (sobre, robuste, empouvoirant) et
73 viable, et documenter la manière d'y arriver
74
75
76 › D'où je viens personnellement
77
78 J'ai un parcours qui dans certains milieux commence à être commun cad
79
80 Ecole d'ingé, enthousiaste à propos de la technologie
81
82 › D'où je viens personnellement
83
84 Un peu désabusé vers la fin de mes études
85 Plus vraiment d'intérêt pour l'informatique
86 › D'où je viens personnellement
87
88 MAIS
89
90 autour de 2019, élan autour de la question environnementale me permet de
91 regagner un intérêt pour l'informatique en le politisant et le confrontant à mes
92 aspirations politiques, celle d'être écologiste
93
94 › D'où je viens
95
96 Avec des collègues et ami·es on décide de créer un collectif qui s'appelle
97 Katzele qui investit l'intersection entre trois choses :
98
99 › Illich
100
101 - convivialité (Illich)
102
103 › C'est grave et on veut faire beaucoup
104
105 - une lecture radicale de l'urgence environnementale
106
107 › La culture UNIX
108
109 Unix est un système d'exploitation toute fin des années 60, début 70
110
111 Ken Thompson est assis, Dennis Ritchie est debout, Kernighan pas sur la photo
112
113 › Héritage
114
115 Unix a une influence considérable sur les systèmes d'exploitation encore
116 aujourd'hui
117
118 › Des OS mais pas que
119
120 Des petits logiciels qui font une seule chose et bien
121
122 Une culture qui permet de faire émerger de la fonctionnalité par la combinaison
123 de ces briques fonctionnelles qui peuvent donc rester elle même assez simples
124
125 Tout un ensemble de facteurs poussent les écosystèmes informatiques qui
126 héritent d'UNIX à garder au moins un coeur stable, assez fidèle à ces origines
127
128 › La culture promeut la stabilité
129
130 La preuve :
131
132 makewords sentence | lowercase | sort | uniq | comm -23 - dict
133
134
135 laborotories
136 privide
137 timesharing
138 unix
139
140 › C'est fou !
141
142 Je peux, 43 ans plus tard, continuer à écrire la même chose et faire les mêmes
143 traitement
144
145 › Et les performances
146
147 UNIX a été construit sur un PDP-11, une machine puissante pour l'époque, que
148 seule les entreprises ou les universités pouvaient s'offrir
149
150 Chaîner des commandes comme on vient de le faire, avec un langage très "haut
151 niveau" sur un système qui, (ici on le voit pas) mais est capable de gérer
152 plusieurs utilisateurs, et leur offre un niveau d'abstraction considérable
153 coûtait cher
154
155 › La comparaison
156
157 Le must en ordinateur personnel à l'époque de la vidéo est le commodore 64, une
158 machine incapable de faire fonctionner UNIX.
159
160 › Mais la loi de Moore
161
162 Mais la loi de Moore est passée par là et nos ordinateurs sont devenus plus
163 puissants
164
165 › C'est pratique
166
167 pourtant, comme je le disais, beaucoup de systèmes héritiers d'UNIX continuent à
168 proposer ces commandes. C'est une forme ici pragmatiquement bénéfique de
169 dépendance au sentier qui nous permet, si on le souhaite, d'inscrire du logiciel
170 dans la durée pour peu que l'on se conforme à cet héritage là. Cela permet de faire
171 un retour dans le passé à moindre coût.
172
173 › Ok mais tout ça c'est technique
174
175 D'accord la forme des outils, les valeurs que portent les cultures techniques,
176 les propriétés techniques de ces outils peuvent être avantageuses pour la
177 durabilité comparativement à d'autres mais , question plus importante,
178 qu'est-ce qui détermine l'adoption d'une technologie ou d'un écosystème
179 technologique au détriment d'un autre ?
180
181 › Question complexe
182
183 Des personnes se sont posé la question pour les langages de programmation, c'est
184 très intéressant. On apprend que ce sont très principalement des critères
185 sociaux qui déterminent l'adoption et pas des critères techniques contrairement
186 à ce que la masse de discussion autour de la performance et des fonctionnalités
187 des langages pourrait laisser penser
188
189 › Mais on s'intéresse pas qu'aux langages
190
191 Et surtout on s'intéresse aux groupes de personnes. Et pour ça on peut se
192 reposer sur les travaux de Maxigas.
193
194 C'est un sociologue qui étudie principalement les milieux des hackerspaces, leur
195 pratiques sociales et techniques. De toute évidence il prend également part à
196 ces milieux, par exemple la conférence qu'on voit ici est une conférence de
197 hackers.
198
199 › Qu'est-ce que j'entends pas hackers
200
201 Par hacker j'entends pas les personnes malveillantes qui s'introduisent dans des
202 systèmes informatiques pour y détruire ou voler des données mais la culture
203 consistant à modifier et adapter des technologies pour ses besoins
204
205 › L'exemple d'IRC
206
207 Maxigas fait le constat suivant :
208
209 beaucoup de communautés hackers utilisent encore IRC comme logiciel de
210 messagerie instantané alors que "le reste du monde" est passé à
211 messenger/matrix/signal/whatsapp
212
213 Pour info IRC ça peut ressembler à ça (ptit alt tab)
214 › Etude psycho
215
216 Maxigas raconte qu'il y a une littérature en psychologie qui analyse ces usages
217 à travers un prisme qui leur est propre et qui conclu que les motivations sont
218 beaucoup nostalgiques ou du fait de la combinaison d'intertie technique et de
219 résistance au changement
220
221 Mais Maxigas critique cette approche qui cadre le choix technologique comme
222 un choix
223
224 individuel
225 psychologique
226 non politique
227
228 › Alors que
229
230 Maxigas montre que c'est, au moins aussi, si ce n'est plus, un choix
231 socio-technique conscient et politique, en partie parce que les usages aujourd'hui
232 sont largement postérieurs à l'arrivée des autres messageries (et donc elles ont
233 pu comparer les technos entre elles) :
234
235 * une techno qui peut se scripter
236 * ci pour projet de dev
237 * utiliser pour s'interface avec l'extérieur
238 * sur laquelle on peut être anonyme
239 * léger, décentralisé, fonctionne sur à peu près n'importe quoi
240
241 › Critical technology appropriation
242
243 Critical technology appropriation : une techno n'est pas prête simplement quand
244 elle fonctionne techniquement mais lorsqu'un groupe de personne plus ou moins
245 divers s'en est saisi pour satisfaire avec succès son besoin. C'est un cadre qui
246 propose d'étudier les technologies par la manière dont elles font la médiation
247 entre les humains plutôt que par leurs caractéristiques techniques intrinsèques.
248 Le "critical" est lorsque l'on remarque que les personnes du groupe adoptent la
249 techno pour des raisons conscientisées de supériorité de cette techno sur
250 d'autres.
251
252 Petit retour en arrière sur des exemples de critical technology appropriation
253 * les luddites : refus du nouveau mode de vie induit par l'industrialisation
254 de leur métiers les rendant anonymes, + productifs et les forçant à migrer
255 en ville
256 * les amishs : refus de nouvelles technos si elles sont perçues comme
257 néfastes pour les liens de la commu
258
259 Trois critères pour avoir un regard critique sur l'adoption d'une techno ou pas :
260
261 1. Comparaison historique : être capable d'apprécier une techno
262 comparativement à ce qui est venu avant
263 2. Expertise technique
264 3. Culture/(fonctionnement/organisation ?) semi-autonome (non intégrée à une
265 insitution - université, entreprise, état) : permet de développer un avis
266 singulier sans être influencé par les intérêts d'autres partis
267
268
269
270 › Et pour notre thèse ?
271
272 Il est important de se poser la question, est-ce que Commown est prête à une
273 adoption critique des technologies ? Sinon la thèse risque d'être mal barrée.
274
275 Il est possiblement encore plus intéressant de se poser la question pour nos
276 clients mais c'est plus difficile d'obtenir cette information.
277
278 Maxigas nous rappelle un élément essentiel, le choix des techniques dont on se
279 saisi en commun est politique. Et ça tombe bien parce que nos objectifs dans la
280 thèse étaient :
281
282 › Sobriété, résilience, empouvoirement
283
284 Cool
285
286 › Et entre les groupes
287
288 Maxigas étudie des milieux où les technologies médient (du verbe médier, faire
289 de la médiation, c'est de l'ancien français) entre des individus d'un même
290 groupe. Mais quand est-il si elles se situent inter-groupes (possiblement avec
291 des intérêts divergents) et non pas intra-groupe.
292
293
294 › L'exemple des satellites
295
296 Marisa Leavitt Cohn (à gauche), une anthropologue spécialisée dans les
297 intéractions humain-machine, s'est infiltrée dans une mission spatiale pendant
298 plusieurs mois pour voir ce qu'il s'y passait, notamment la maintenance (étant
299 donné que la mission en question était en fin de vie). C'est une recherche qui
300 doit beaucoup à Susan Leigh Star, sociologue des sciences qui, entre autre,
301 s'intéresse aux infrastructures numériques et à leur maintenance.
302
303 Cohn raconte que dans le contexte d'une infrastructure physique et numérique
304 "gériatrique", la fonction médiatrice des systèmes socio-techniques entre
305 plusieurs groupes sociaux est d'autant plus évidente.
306
307 Le satellite a de plus en plus de problèmes physiques, par définition impossible
308 à réparer, et la ressource du temps disponible du satellite se tend entre les
309 ingénieurs qui ont a coeur de le faire durer le plus longtemps possible et qui
310 doivent donc faire de la maintenance et les scientifiques qui veulent en
311 extraire un maximum de données. Elle parle de négociation.
312
313 › Ca se matérialise comment ?
314
315 Deux anecdotes :
316
317 1. Les ingénieurs ont conçu un logiciel qui permet aux scientifiques d'entrer
318 leurs besoins. Le logiciel calcul une sorte de calendrier qui doit contenter
319 tout le monde, du temps pour la maintenance, du temps pour la science. Mais
320 manque de transparence, les scientifiques se demandent si le logiciel triche
321 pas un peu
322 2. Les ingénieurs offrent un gâteau d'anniversaire à l'équipe scientifique du
323 moment pour les 5000 jours de la mission, une manière de montrer qu'eux
324 entretiennent une relation de long terme avec l'infrastructure avec que les
325 scientifiques non
326 3. L'outil peut peut aussi être
327 une opportunité à la négociation. Elle raconte que l'émergence de bug, notamment
328 dans du vieux code difficile à maintenir, déclenche des conversations qui
329 aboutissent sur la décision de perpétuer, ou au contraire, renoncer (mot
330 à la mode dans la redirection écologique, si vous lisez Monnin) à des
331 fonctionnalités, renoncer à des besoins.
332
333 L'importance des artefacts techniques dans la négociation est tellement forte
334 qu'il est même arrivée qu'une membre de l'équipe d'ingé introduise
335 volontairement un bug pour faire prendre conscience de la fragilité d'un
336 système. Les aspérités du système technique permettent aux groupes sociaux
337 d'arbitrer les besoins dans un contexte de déclin.
338
339 › A Commown
340
341 Dans notre cas on s'inscrit pas dans un contexte d'une infrastructure
342 pré-existante en déclin mais d'une infrastructure naissante. Ce qu'on peut en
343 retenir c'est d'éviter de voir systématique et uniquement les évènements
344 techniques comme des problèmes à résoudre mais aussi comme quelque chose en
345 capacité de réagencer les relations entre les deux groupes (en bien comme en
346 mal d'ailleurs).
347
348 La plupart du temps les prestataires de services informatique vendent leur
349 travail comme étant presque miraculeux, apaisant, fonctionnant nécessairement
350 bien. On sait que dans la pratique c'est jamais le cas. Plutôt que de tripler
351 d'effort d'ingénieurie pour imaginer un service technique parfait qui
352 conviendrait à tout le monde tout le temps et plutôt que de vendre du rêve au
353 client, il est préférable d'accepter la fragilité du numérique, accepter les
354 éventuels conflits que ça peut faire émerger (sans se taper dessus hein) et de
355 préparer la négociation qui va venir qu'elle provienne des outils ou qu'elle
356 soit à propos des outils.
357
358
359 › Ok mais est-ce que l'on peut structurer cette négotiation ?
360
361 Mais est-ce que l'on a une structure pour faire ça ?
362
363 › Le jeu des dilemmes
364
365 Au Danemark 95% des employés sont dans des tpe/pme
366 Un rapport du ministère de la défence dit que le niveau de sécurité info est
367 vraiment pas ouf
368
369 Laura Koksch va passer du temps dans ces entreprises là et raconter que c'est
370 pas parce que ces entreprises s'en fiche de la sécurité ou qu'elles en sont
371 incapables mais qu'elles ne sont pas organisées pour gérer la sécurité
372 informatique d'une manière qui soit compatible avec les recommandations
373 qu'elles reçoivent de l'état (principalement parce qu'elles sont écrites pour
374 des équipes IT qui ensuite font descendre les ordres dans leurs boites mais
375 les entreprises danoises sont généralement très petites avec aucune équipe
376 dédiée au sujet).
377
378 Elle développe la théorie comme quoi la sécurité dans des petites entreprises
379 se vit au gré des compromis à faire, au quotidien, entre l'activité économique
380 de l'entreprise, les compétences disponibles (selon que la personne en charge de
381 la sécu info soit une personne de la com ou de la compta par ex), et
382 l'obsolescence plus ou moins avancé des systèmes techniques mobilisés. La
383 sécurité info ne se vit pas à travers des grands principes et des
384 recommandations techniques qui disent "ça c'est bien, ça c'est pas bien", elle
385 se vit à travers "oui le mot de passe pour ce poste de travail il est nul mais
386 c'est un poste qui opère telle machine qui est utilisée par 4 personnes
387 différentes qui sont constamment en train de quitter et de revenir sur le poste
388 et qui doivent donc insérer leurs mot de passe"
389
390 Avec l'intuition qu'une meilleure sécu info passe par des discussions qui
391 soient raccord avec cett réalité elle propose de les envisager sous l'angle des
392 dilemmes. Les dilemmes sont des scénarios typique (parfois banals) de sécurité
393 info très terre à terre. Elle a inventé un pretexte de jeu qui permet à des
394 personnes ayant des rôles différents, y compris les pouvoirs publics, de
395 discuter autour de ces dilemmes, avec pour résultat une meilleure compréhension
396 des contraintes des un et des autres et une sécurité qui évite de sermonner
397 et s'attelle plutôt à "vivre avec" des systèmes techniques à la sécurité
398 médiocre.
399
400 › Et dans la thèse
401
402 On a un client qu'on fait payer pas cher, Légicoop
403
404 Et c'est aussi une tpe/pme donc on pense que notre positionnement par rapport à
405 Légicoop pourrait potentiellement être aussi inefficace que celui du ministère
406 de la défence Danois a avec les pme danoise.
407
408 On pense que l'utilisation des dilemmes, ou de manière générale ne pas avoir
409 peur de problématiser l'informatique, expliquer que pour nous aussi c'est un
410 problème, ça peut nous mener a avior des discussions de meilleures qualité avec
411 eux et à offrir un service de meilleure qualité.
412
413 On a pas encore formellement écrit de dilemme mais on ça ne devrait pas être
414 trop un problème, notamment autour de la tension entre empouvoirement,
415 autonomisation, simplicité technique et temps disponible.
416
417 C'est un choix/dilemme qui est également économique pour le client et pour
418 nous. Si l'on souhaite avoir un service qui donne un maximum de capacité d'agir
419 au client et que le client joue à fond le jeu, pourquoi est-ce qu'ils
420 continuerait à nous louer de l'infogérance tous les mois si à terme il est
421 capable d'être entièrement autonome ? D'une certaine manière l'autonomisation
422 complète du client met en danger le service la viabilité économique du service.
423
424 › Un dernier exemple
425
426 C'est compliqué hein ?
427
428 Une question que l'on peut se poser ici est :
429
430 De quelles informations est-ce que l'on se munit pour mener la négociation.
431 Ok on a des scénarios de dilemmes mais quand il faut comparer des solutions
432 entre elles on risque d'avoir besoin de données plus précises qui nous
433 permette de dire "cette solution est mieux pour l'autonomisation", "cette
434 solution est plus sobre environnementalement", il faut du carburant pour
435 notre discussion
436
437 › SUSAD
438
439 On utilise un outil nommé le SUstainable Awareness Diagram qui invite à lister
440 les impacts de premier ordre, de second ordre et de troisième ordre de l'outil
441 ou du service que l'on veut créer puis de les catégoriser par type d'impact :
442
443 * env
444 * tech
445 * social
446 * indiv
447 * eco
448
449 de les placer sur un diagramme en pentagone et de tracer des liens de
450 causalités des un aux autres.
451
452 La prétention n'est pas de pouvoir prédire le futur mais de
453
454 1. faire émerger des idées que l'on aurait pas eu autrement, un outil de
455 t'empête de cerveau
456 2. avoir un support pour discuter avec le client
457
458 › Exemple d'airbnb
459
460 Pour la blague, un SusAD tiré du papier qui l'introduit qui prend l'exemple classique d'AirBNB.
461
462 › Toute dernière inspiration
463
464 On boucle la boucle en revenant sur un peu de technique
465
466 Clay Shirky est un journaliste, chercheur, prof d'info qui en 2004 écrit un
467 mail dont le sujet est "Situated software, Logiciel situé". Il enseigne,
468 comment faire des applications (web notamment) proprement, dans les règles de
469 l'art, qui puisse être commercialement viable. Ca implique une certaine
470 industrialisation, des logiciels complexes, avec beaucoup de fonctionnalités
471 généralement très performants etc.
472
473 Les projets de ses étudiant·es ont tendance à prendre des raccourcis en se
474 basant sur les spécificités du groupe. Au lieu de développer pour un ou une
475 utilisatrice générique qui pourrait être n'importe qui, iels développent
476 souvent pour leur groupe d'ami en particulier. Ca donne des logiciels sans
477 méchanismes sophistiqué de notification pour que la personne revienne parce
478 qu'elle est dispo via un kiosque présent dans la salle de classe (et donc les
479 personnes sont contraint d'y revenir physiquement), un logiciel pour faciliter
480 les achats de groupe qui n'a pas d'interaction complexe avec un système
481 bancaire pour identifier et collecter les impayés mais qui envoie simplement
482 une alerte "machin a pas encore payer sa part" et c'est le groupe qui gère le
483 problème dans la vraie vie ou un logiciel qui permet de noter les profs bien
484 plus populaire que celui de la fac parce que géré par des étudiants (et donc
485 plus de confiance) et pré-peuplé avec les comptes personnels des étudiants
486 (pas très RGPD). Les caractéristique techniques du logiciel sont informées
487 directement par le contexte dans lequel il s'insère, on dit donc qu'il est
488 situé.
489
490 › Et à Commown ?
491
492 A Commown on expérimente avec la même idée pour faire migrer des besoins de
493 logiciels pas situés, et en l'occurence mal adapté et très très complexes, vers
494 du logiciel situé, mieux adapté au contexte de Commown et beaucoup plus simple.
495
496 L'atelier avait des protocoles écrit dans des words, qu'on ouvre dans un
497 logiciel appelé onlyoffice dans le navigateur. Ca pose plein de soucis
498 (maintenance, édition, hétérogénéité de la mise en page, quantité d'information
499 à l'écran) et c'est une stack technique d'une complexité assez monstrueuse.
500 Ce choix est assez classique, faute d'un outil spécialisé notre dévolu se jette
501 souvent sur des logiciels les plus génériques possible (ici aussi, des
502 logiciels avec des concepts que l'on connaît, la plupart des gens ont déjà fait
503 du traitement de texte). Ces outils sont souvent fait "pour scale", ce sont
504 des outils qui sont intrinsèquement pas situés.
505
506 Pour y remédier on a fait une revue des besoins élémentaires et j'ai fait un
507 logiciel nommé protocolium qui génère un site web avec les protocoles. Chose
508 intéressante, puisque je sais que je connais le groupe social qui va utiliser
509 l'outil, à savoir l'atelier de Commown, je sais qu'une seule personne ou
510 presque va éditer les protocoles et que cette personne est plutôt à l'aise
511 techniquement. Donc j'ai pu prendre de gros raccourcis de développement en
512 proposant l'écriture en markdown et en ométtant entièrement la construction
513 d'une interface d'édition, tout ce fait en ligne de commande et dans des
514 fichiers texte. C'est des semaines et des semaines de dev en moins, de
515 maintenance en moins. J'ai réduit la complexité de l'outil et peut-être évité
516 une ou plusieurs dépendances logicielle en échange contre une dépendance
517 "humaine" d'une personne qui a pas peur de lancer quelques commandes parfois et
518 d'éditer des fichiers texte brut.
519
520 Je sais pas si protocolium va être utilisé pendant des décennies, je pense que
521 ça dépend principalement de la pérennité de Commown, mais je mets ma main à
522 couper que sans avoir à en prendre soin littéralement tous les jours, il pourra
523 fonctionner tel quel dans 20/30 ans.
524
525 › Conclusion
526
527 Wow, c'est compliqué
528 Et hétérogène
529 Et flou
530 Est-ce qu'il est possible de lier tout ça ?
531 Est-ce que ça fait sens de lier tout ça ?
532 Comment on applique ces grands principes dans la vraie vie ?
533 Est-ce que c'est pas un peu du bullshit ?
534
535 › Wicked problems
536
537 J'assistais à une présentation de Thibault Simon, un docteur en informatique
538 qui a fait une thèse CIFRE comme moi. Sa thèse est technique, y'a pleins de
539 jolis graph etc. A la fin de la présentation l'un des chercheurs sur place lui
540 demande, et je paraphrase : "Ok on est capable d'économiser de l'énergie et le
541 mesurer. Quid de la nature des usages, des aspects sociaux qui l'entoure etc."
542 l'air de dire, c'est chouette mais si on éco-conceptionne un logiciel pour
543 l'extraction de pétrole, à quoi bon ?
544
545 Et en guise de réponse Thibault Simon s'est presque excusé d'avoir eu une
546 approche purement technique. Il a pas cherché à esquiver ou à se justifier.
547
548 L'un des objectifs que l'on se donne est de ne pas tomber là dedans, d'essayer
549 de prendre à bras le corps le problème dans (presque) toute sa complexité.
550
551 › Et c'est un sacré problème
552
553 C'est vraiment difficile
554
555 C'est tellement difficile qu'il y a de la littérature qui se demande "est-ce
556 que notre communauté s'est pas attaquée à un peu trop gros". Ces types de
557 problèmes, qui recoupent pleins de domaines différents, qui bougent avec le
558 temps et présente dans notre cas un couplage non seulement fort mais complexe
559 entre technique et humains ont un nom, celui des "wicked problems", en français
560 "problèmes pernicieux".
561
562 › Comment on les aborde
563
564 Le papier fait une liste de suggestions qui pourraient permettre de mieux
565 aborder cette catégorie de problèmes et dedans on trouve, et c'est sans grande
566 surprise :
567
568 1. plus de trans-disciplinarité
569 2. plus de pensée systémique
570
571 Se confronter à un problème pernicieux est pas toujours agréable et ça donne, à
572 8 mois de thèse, cet inventaire à la Prévert de références mais à priori c'est
573 bon signe. Si tout ça était limpide on aurait sûrement raté quelque chose.
574
575 › Pas tout seul
576
577 Je suis pas le seul doctorant dans cette démarche. Je pense notamment à :
578
579 Valentin Girard, ingénieur de formation, qui fait de la recherche action
580 pour la redirection écologique numérique des organisations
581
582 David Ekchajzer qui intègre les sciences humaines aux méthodologies de
583 mesures de l'impact environnemental du numérique
584
585 Eric Patrizio dont on espère que la thèse étudiera la manière dont
586 les environnements sociaux impactent l'évolution technique des langages de
587 programmation avec une double direction informatique/sociologie
588
589 Léa Mosesso dont la thèse s'inscrira dans l'équipe de recherche limites
590 numérique, un projet de recherche entre informatique et design
591
592 et d'autres...
593
594 Donc déjà plein de recherche un peu hétéroclite comme ce que je vous ai
595 présenté et plein d'autre à venir
596
597
598 › Références
599
600 git : http://git.bebou.netlib.re/prez-bnu/log.html
601
602 Anceau, Éric. « Vincent Bourdeau, François Jarrige et Julien Vincent, Les
603 Luddites. Bris de machines, économie politique et histoire ». Histoire,
604 économie & société 25, nᵒ 4 (2006): 164‑164.
605
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607 « Situated Software: Concepts, Motivation, Technology, and the Future ». IEEE
608 Software 25 (novembre 2008): 50‑55. https://doi.org/10.1109/MS.2008.159.
609
610 Budapest Hackerspace, réal. Camp++ 0x7e0 // maxigas: What is critical
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612 https://www.youtube.com/watch?v=gOGhP08ayqw.
613
614 Duboc, Leticia, Stefanie Betz, Birgit Penzenstadler, et al. « Do we Really Know
615 What we are Building? Raising Awareness of Potential Sustainability Effects of
616 Software Systems in Requirements Engineering ». 2019 IEEE 27th International
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624
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